samedi 11 septembre 2010

Fait divers made in Finlande

C'était dans le Dauphiné Libéré du 9 septembre 2010

lundi 31 mai 2010

Rivière blanche : le lait de la Vierge

Dans le conte populaire collecté dans le Nivernais par Achille Millien, "Le sac d'argent", choisi par Bruno de la Salle (Rencontres des peuples dans le conte, Aschendorff Munster, 1961, p.37-41) pour le colloque "Que nous disent les contes" (Arts du récit en Isère 2010), je retrouve deux motifs qui m'intéressent:
-la traversée des fleuves comme pour la légende de Saint Christophe, voir le blog du Réprouvé
-le regret de n'avoir pas bu le lait de la Vierge de la part du héros...

Résumé du conte avec les citations des passages qui concernent notre sujet : dans une famille très pauvre, la mère envoie l'aîné des 3 enfants chercher son pain. Il rencontre un homme qui lui propose de porter un message au père éternel contre un sac d'argent.Il prend le sac mais arrivé devant une rivière renonce à le traverser. Il ramène l'argent à sa mère et ne dit rien du message. Le 2ième veut y aller aussi... ramène le sac d'argent après avoir renoncé à traverser la rivière. Le 3ième part. Quand il croise l'homme, il lui dit de garder le sac d'argent jusqu'à ce qu'il revienne. Il trouve la rivière qui lui barre la route, il prie
L'eau se partage en deux et il se fait une petite sente, et il passe. Il marche, et trouve une autre rivière, blanche comme du lait; pris de peur il se remet à genoux, prie encore, il se forme à nouveau une petite sente, et il passe. Il marche toujours tout droit devant lui, quand pour la troisième fois une rivière l'arrête rouge comme le sang. Cette fois-ci, il a vraiment peur... Il s'agenouille à nouveau, prie le Bon dieu, et la petite sente se reforme encore. Il passe...
Il rencontre d'autres choses étranges et arrive au bout d'un jardin, devant un château où il reconnait celui qui lui a donné le message, le Père Eternel. Le Père Eternel lui explique ce qu'étaient les trois rivières. Pour la première :
Eh bien, quand tu l'as eu passée, tu n'étais plus au monde. C'est la séparation du Ciel et de la Terre
Pour la deuxième
C'était le lait de la sainte Vierge, dont elle nourrissait notre seigneur Jésus Christ qui nous a sauvé.
Et le garçon répond
Si je l'avais su, j'en aurais bu un bon coup.
Pour la troisième
C'était le sang de notre seigneur Jésus Christ qui a été répandu sur la terre pour sauver tous ceux qui le servent.
Et le garçon
Ah! Si j'avais su, je me serai lavé dedans.
... En bref, le garçon est tout de même arrivé au Paradis. Même si toutes les mères rencontrées sur sa route l'ont laissé sur sa faim.
Il s'agit d'un conte européen où l'emballage chrétien cache sans doute un fond plus ancien.
L'enregistrement de l'intervention de Bruno de la Salle et le texte du conte sont en ligne : voici le lien.
Ensuite il suffit de cliquer sur la rubrique "Colloque"

mercredi 26 mai 2010

Formulette Libanaise

Au nom de Dieu, je commence à mentir : j'ai vu une fourmi allaiter un lapin...
C'est une formule que les conteurs libanais utiliseraient en introduction... C'est aussi un clin d'oeil, pour vous dire que même s'il n'y a pas de nouvel article depuis février, le chantier de la "charité romaine" n'est pas abandonné !

dimanche 14 février 2010

Ce que dit Claude Gaignebet des GOULES

Claude Gaignebet est un ethnologue bien vivant, très actif en ce qui concerne la mythologie française,Rabelais et mille autres sujets. Le rencontrer c'est rencontrer la passion de tisser des liens et une érudition infinie : j'ai eu la chance de faire cette rencontre, et c'est sans doute grâce à lui, que la béotienne que je suis, vous amuse avec des recherches improbables et bien au dessus de ses compétences. Mais il faut bien commencer !
Ce qui suit est un extrait d'un de ses ouvrages qui me semble se rapporter à notre sujet, les mises en majuscule ou en italique sont de l'auteur :
... Un seul détail nous retiendra pour l’instant, emprunté aux récits orientaux relatifs aux goules. Ces ogresses, qui vivent dans les déserts ou dans les bois, ont les seins si longs qu’elles les jettent sur les épaules pour courir plus vite. Cette particularité anatomique est empruntée à celle de la guenon des Bestiaires. Mais ce geste n’est pas aussi simple qu’il paraît. Dans les contes populaires, il permet au héros de s’approcher de la goule sans être vu, de la téter furtivement et d’en être ainsi adopté. Ce rite qui met le héros sous la protection de la femme de l’au-delà qui l’allaite, participe lui aussi du RETOURNEMENT en un double sens ; le héros doit SUPPLANTER le fils de l’ogresse et choisir le BON SEIN. Or dans certaines variantes, celle-ci, non seulement rejette ses seins derrière le dos, mais les CROISE. Le BON SEIN , celui qui contient du lait fort, celui de droite, est alors à gauche, ce que le héros sait. Il se développe bien plus vite que le petit goule, le terrasse et le tue…
GAIGNEBET Claude, A plus hault sens : l’ésotérisme spirituel et charnel de Rabelais, volume 1, Maisonneuve et Larose 1986 Page 136

samedi 13 février 2010

Détail d'un marbre du Musée d'Anvers

Ce sont des clichés faits par Matthieu Gautier. Merci ! Il n'a pas pu m'en dire plus... mais peut-être certains d'entre vous pourraient nous donner le nom du sculpteur, le titre éventuel de la sculpture ? Peut-on considérer que c'est une charité romaine ? L'enfant y est présent et l'homme allaité semble bien entreprenant...

La piété filiale, sculpture d'Alfred Boucher, 1881


Au Musée Paul Dubois de Nogent-sur-Seine (10), trône cette sculpture dont une lectrice du blog a bien voulu m'envoyer une photo. Merci à Marianne-France Staub.
Il semble que cette oeuvre ait été primée au Salon de Paris en 1881.
Le musée de Nogent sur Seine a été créé par Alfred Boucher en 1905, en l'honneur de son maître, le sculpteur Paul Dubois. Vous avez dit piété filiale ?

lundi 8 février 2010

Extrait du roman de Anita Nair : "Un homme meilleur"

Anita Nair est une écrivaine indienne d'aujourd'hui. Elle écrit en anglais. Le roman "Un homme meilleur" est paru en 2000 sous le nom de "Better man". Il se passe en Inde du Sud à l'époque contemporaine.
Le passage qui nous intéresse est une toute petite partie du roman (3 pages sur 419, éditions Picquier 2003).
Je vais résumer ce passage en l'émaillant de citations

Bhasi, peintre en bâtiment et guérisseur-psychothérapeute, est appelé, en pleine nuit, au chevet d'une jeune femme dont le mari et l'enfant de 6 mois ont été fauchés par un camion quelques jours auparavant. Ce sont les frères de la jeune femme qui viennent le chercher.Dans le roman, Bhasi parle à la première personne comme s'il tentait de rappeler à la jeune femme, Dayamanti, ce qui s'était passé cette nuit là :
Le chagrin n'a rien de beau. Tu n'avais rien de beau à ce moment là, Damayanti.
Debout à te regarder, j'ai vu le lait tacher le tissu de ton corsage. J'ai vu ton corps chercher la bouche de ton enfant mort.
Vous avez vu ? a murmuré ta mère. Les deux premiers jours qui ont suivi l'accident, il nous a fallu lui retirer l'excès de lait à la main. Mais depuis hier, elle ne laisse plus personne la toucher.
La famille a tout essayé même le médecin... Alors Bhasi demande à rester seul avec la jeune femme et il lui parle
"Dayamanti, que puis-je faire pour alléger ce fardeau de douleur que tu portes ? Quels mots puis-je employer pour te consoler ? Je comprends ce que tu essayes de faire. Dayamanti, crois-tu que la douleur de ta poitrine pourra atténuer celle de ton âme ?"
Il lui parle pendant plus d'une heure, elle ne répond pas mais des larmes finissent par couler. Puis, à bout d'argument, il trouve l'audace de poser sa tête sur ses genoux, il dit alors :
Considère moi comme ton enfant, ai-je murmuré. Dis-toi que je suis une créature sans défense qui a besoin d'être nourrie. Laisse moi boire le chagrin qui s'est logé dans ta poitrine. Laisse moi dénouer ce poing dur comme un roc et permettre à ta peine de s'épancher. Sans un mot tu as attiré ma tête vers toi et tu m'as laissé m'abreuver à ta douleur. Les larmes qui coulaient sur tes joues ont mouillé les miennes. Dans ma bouche le goût du sel s'est mêlé à celui du lait...
Deux ans plus tard, je t'ai épousée.

jeudi 10 décembre 2009

A la une du Petit Bulletin la semaine dernière

Un dessin de Willem que le Petit Bulletin (édition grenobloise) est allé pêcher dans l'expo "Bêtes et méchants" qui a lieu jusqu'au 30 janvier aux moulins de Villancourt (Pont de Claix)
En fait c'est une partie de l'affiche que Willem avait dessinée pour annoncer le spectacle "Le retour de Miss Univers", tragédie graveleuse de Guénolé Azerthiopé par le Phénoménal Bazaar Illimited... Le spectacle avait lieu au Théatron, rue Frochot à Paris, métro Pigalle. Je n'en ai pas trouvé la date. Qui l'a vu ?
Si on regarde bien les hommes tètent avec les yeux. Ils se rincent l'oeil... avec du lait ?
Dans l'exposition du Moulin de Villancourt, où l'on retrouve, Cabu, Reiser, Cavanna, Wolinsky, etc. il est dit à propos du journal Hara Kiri dont le ler numéro est paru en septembre 1960 :
Hara Kiri enthousiasme une jeunesse qui étouffe sous la chappe de plomb d'une société podagre. On oublie trop souvent que ceux qui ont fait Mai-68 se sont nourris à ses généreuses mamelles.
Ce qui pour un journal intégralement fait par des "mecs" est un comble...

mardi 8 décembre 2009

Quand Ernest Pignon Ernest redessine Le Caravage

La sérigraphie, en partie lacérée, a été prélevée un jour de pluie, dans une rue de Naples en février 1991. Elle serait dans un grenier du Bugey, depuis.
Bien sûr, on reconnait un des motifs des 7 oeuvres de Miséricorde du Caravage dont j'ai déjà parlé et la "façon" de Ernest Pignon Ernest.
Quand je colle mes images sur un escalier de Paris ou un mur d'église napolitaine, il y a interaction entre mon image et l'espace-temps où je l'insère. L'image n'existe plus pour elle-même : le Caravage ne m'intéresse pas, il ne compte que par et pour Naples. Ernest Pignon-Ernest.
Dans cette "copie" (pour moi le mot n'est pas péjoratif) on voit bien que l'homme (grandeur nature) tète à travers les barreaux, ce que je n'avais pas vu sur les reproductions du tableau... Voici aussi une photo de "cette charité" in situ, telle que je l'ai copiée sur un très beau livre : Ernest Pignon Ernest aux editions BärtschiSalomon 2006. En attendant d'aller voir Le Caravage à... Naples ! Et de croiser la trace d'Ernest Pignon Ernest au coin d'une rue...

dimanche 1 novembre 2009

Mère en prison, Pline l'Ancien (23-79)

J'ai trouvé une traduction en ligne du livre 7, paragraphe 36 de L'Histoire Naturelle de Pline l'Ancien qui donne ceci :
On trouve partout des exemples infinis de tendresse ; mais Rome en offre un auquel nul autre ne peut être comparé : une femme du peuple, dont la condition obscure nous a dérobé le nom, venait d'accoucher quand sa mère fut mise dans une prison pour y subir le supplice de la faim : elle obtint d'aller la voir ; mais, fouillée à chaque fois par le geôlier, de peur quelle n'apportât quelque aliment, on la surprit allaitant sa mère. Saisis d'admiration, les magistrats accordèrent le salut de la mère à la piété de la fille ; ils allouèrent des aliments à l'une et à l'autre leur vie durant ; et le lieu où la scène s'était passée fut consacré à la déesse Piété, à laquelle, sous le consulat de C. Quinctus et de Manius Acilius (an de Rome 604), un temple fut érigé sur l'emplacement de la prison : c'est là qu'est aujourd'hui le théâtre de Marcellus (VIII, 25).
Pline l'Ancien a vécu un peu après Valère Maxime qu'on pense être né à la fin du premier siècle avant Jésus Christ. Le texte de Valère Maxime (1er message de ce blog-ci) serait donc antérieur à celui de Pline.
Il semblerait aussi qu'à l'époque où Pline a écrit ce texte, l'allaitement maternel était sur le déclin dans les riches demeures impériales...

Version grecque du Moyen-Age Byzantin à traduire

Avis aux traducteurs : nous ne lisons pas le grec, alors nous ne savons même pas s'il s'agit bien de notre histoire... Une traduction serait la bienvenue. On peut cliquer sur le texte pour l'agrandir.
Ce petit texte a été trouvé dans l'introduction du Recueil de contes populaires grecs, traduits et choisis par Emile Legrand, à lire en ligne.

La fille qui allaite son père, conte populaire grec (Péloponèse)

Grâce à Philippe, un conteur chercheur de contes, j'ai découvert dans un ouvrage de 1881, mis en ligne intégralement, un conte dont j'avais signalé une version de Lesbos, un peu différente.
Lisez le en ligne dans la version numérisée intégrale du Recueil de contes, collectés par des ethnographe grecs, choisis et traduits par Emile Legrand. Pour le conte qui nous intéresse, il a été recueilli par Nicolas Politis.
En voici des extraits. J'ai résumé les évènements intercalaires en italique.
Un roi avait un frère père d'une fille magnifique. Ce roi soupçonne (à tord)son frère de vouloir le renverser et il le fait emprisonner dans un noir cachot. La fille demande à voir son père, le roi accepte
... Il enjoignit cependant à ses soldats de bien fouiller la jeune fille lorsqu’elle entrerait dans la prison, de peur qu’elle n’apportât du pain ou quelque autre nourriture à son père. Il leur ordonna aussi de pratiquer dans le mur du cachot un trou, par lequel le père et la fille puisse se parler.
La jeune fille, voyant qu’elle avait réussi à arracher son père à la mort, alla aussitôt au bain et se lava ; cela lui ayant donné du lait, elle se rendit auprès de son père dans sa prison. Par le trou, elle lui donna un de ses seins et lui dit de téter. Elle faisait ainsi chaque jour, et son père n’avait pas besoin d’autre nourriture.
Le roi la soupçonne de sorcellerie et lui interdit de voir son père. Désespérée elle rencontre un maréchal-ferrand en train de tirer du ventre d’une jument morte un poulain vivant. Elle lui achète un autre poulain né dans les mêmes conditions et la peau de la jument. Le poulain est beau, elle l’offre au roi avec la peau de la jument pour son lit . En échange elle peut aller voir son père… et quelques temps plus tard peut lui poser une énigme :
« Vous êtes assis sur une bête qui n’est pas née et vous couchez sur sa mère »
>Le roi ne comprend pas et veut une explication, la jeune fille répond alors :
« Je vous les expliquerai, ô mon roi, quand vous m’aurez donné mon enfant, l’enfant de ma mère ; et, lorsque vous me l’aurez donné, il deviendra mon père ; mais, si vous ne me le donnez pas, il sera de nouveau mon enfant »
Le roi, embarrassé lui dit de solliciter la faveur qu’elle voudrait, pourvu qu’elle lui explique ses paroles…Le roi fait sortir de prison le père. La fille raconte tout. Le roi est ravi…
Ils demeurèrent ainsi parfaitement, et nous mieux encore.

lundi 5 octobre 2009

Les fées et les nourices de Chorges (05)

En 1957, dans sa collecte de récits légendaires, dans les Hautes-Alpes, Charles Joisten a recueilli ces deux récits
Les fées et les lavandières (nourrices)
Au dessus du Pré aux Moines, il y a une "fontaine" (source) qui s'appelait La Fontaine des fées. Les fées poursuivaient les femmes qui venaient laver, en leur mordant les seins et trayaient (mousié) celles qui allaitaient.
Les fades couchaient dans les trous sous les rochers des combes. Elles taquinaient les femmes qui venaient laver au lavoir du Bourget en cherchant à les déshabiller, puis elles essayaient de leur sortir les seins pour les téter. Elles avaient un oeil unique qui était toujours ouvert.
Commentaire personnel (et qui n'engage que moi) : il semble que c'était un bon prétexte pour qu'un homme soit autorisé à surveiller les lavandières (qui de ma propre expérience n'aiment pas bien qu'on les espionne)
Sources : ÊTRES FANTASTIQUES, Patrimoine narratif des Hautes Alpes, Charles Joisten, édition préparée par Nicolas Abry et Alice Joisten, Musée Dauphinois 2006. Un ouvrage que je recommande à tous les amoureux du fantastique et (ou) des Hautes-Alpes.

mercredi 16 septembre 2009

Notre Dame de Bon Secours

Dans l'Eglise de la Trinité à Vendôme, il y a une chapelle :Dans la chapelle il y a un tableauLa ressemblance avec les Charités Romaines est troublante car si le prisonnier ne tète pas il porte néanmoins des chaînes... La jeune femme lui manifeste une certaine affection...

mardi 15 septembre 2009

Idole de conteuse

Et surtout, je collectionne les contes. Taraudée par la peur de manquer ils devinrent pour moi comme une fleur où je butinais année après année. J’y trouvais matière pour mon propre miel.
Je m’étais choisie pour idole une femme immense au corps criblé de tiroirs qui hante certaines toiles de Salvador Dali. C’est cette même géante sculptée d’or qui accueille les voyageurs dans le hall de la gare de Waterloo à Londres. Sur mon bureau trônait une carte postale fétiche, représentant une broderie d’Abomey : une femme-ogresse offrant ses dix seins à téter à dix hommes affamés. J’ai appris plus tard qu’un héros qui tète le sein d’une ogresse peut compter sur sa protection.
Extrait de La Sagesse de La Conteuse de Muriel Bloch, L’œil neuf 2008
Michèle m'a parlé du livre, Jacqueline me l'a prêté ! J'aimerais voir la broderie d'Abomey.

vendredi 11 septembre 2009

En Ukraine, les meuniers...

Une amie, grande spécialiste de littérature orale, me communique un bout de légende qu'elle a déniché au cours de ses lectures. Merci Alice !
Voici son message :
Je vous fais ce petit mot car je viens de lire dans Sébillot, Légendes et curiosités des métiers, Paris, Flammarion, s.d., au chapitre “Les meuniers”, le petit passage suivant : “En Ukraine, quand ils installent leur meule, [les meuniers] prononcent cette formule : ‘Taliarou, taliarou, la pierre perforée ; la fille nourrit son fils, le mari de sa mère' ; cette phrase fait allusion à la légende de la fille qui donna à téter à son père en prison.” (p. 18)
C'est évidemment peu de chose, et bien énigmatique. Sébillot donne comme référence (p. 32) : “Communication de M. T. Volkov (Ukraine”), ce qui ne nous mène pas loin.

Zelmira, opéra de Rossini

Liliane, promeneuse sur internet, me signale cet opéra qu'elle a vu cet été à Pessaro. Merci à elle.
Elle me dit que Zelmira allaite son père qui est caché dans un tombeau...
Le livret est de Tottola d'après une tragédie (française ?) de De Belloy.
Je ne connais pas grand chose à l'opéra mais voici ce que j'ai pu glaner sur le site d'un certain Lionel.
L'opéra a été créé le 16.12.1822 au Teatro San Carlo, Naples.
Résumé de l'action : A Lesbos, Antenore n'a pas hésité à aller jusqu'au crime pour parvenir au pouvoir. Encore lui faut il éliminer Zelmira, fille de l'ancien roi Polydoro donné pour mort. Seule Zelmira sait qu'il est encore en vie, elle connaît son refuge. Hélas ! Antenore les surprend et va les exécuter. Mais l'époux de Zelmira viendra les sauver à la tête de son armée.
Qui pourrait m'en dire plus sur la façon dont le motif de la charité (romaine ou grecque...) est mis en scène ? Ou sur le texte du livret, voir de la tragédie qui l'a inspiré ?

Le fidèle Jean, conte des frères Grimm

Voici un petit résumé de ce conte où ce qui sort du sein n'est pas du lait :

Le fidèle Jean, serviteur préféré d'un vieux roi a promis à celui-ci de veiller sur le fils du roi même au péril de sa vie... Et on peut dire que le fils du roi lui en fait voir de toutes les couleurs et se complait à faire tout ce dont son père voulait le protéger : chambre interdite, princesse fatale... Chaque fois, c'est Jean qui répare les dégâts... Finalement sur le bateau qui vogue en haute mer ramenant le fils du roi et sa princesse (non encore épousée) au bercail, Jean qui jouait de la musique sur le pont entend trois corneilles discuter. Il comprend leur langage. Elle racontent les trois catastrophes qui vont arriver pour empêcher le mariage du prince et de la princesse. Et aussi le moyen de les réparer pour celui qui, pour la peine, sera changé en pierre. A l'arrivée, il se produit ce que les corneilles ont prédit. Jean le fidèle veille au grain, empêche l'irréparable à deux reprises malgré l'incompréhension de l'entourage et finalement
On célébra alors le mariage : la danse commença et la mariée entra elle aussi dans la danse, pendant que le fidèle Jean la surveillait et observait son visage. Soudain elle pâlit et tomba à terre comme si elle était morte. D'un bond le fidèle Jean fut auprès d'elle, il la souleva, la porta dans une chambre où il l'allongea et tira trois gouttes de sang de son sein droit, avant de les recracher. La reine se mis alors aussitôt à respirer et revint à elle mais le jeune roi avait tout vu et il ignorait pourquoi le fidèle Jean avait fait cela. Cela le mis en colère et...
Pour lire la suite (et le début) courez vite lire Jean le Fidèle soit dans le 1er tome des Contes (éditions Flammarion, conte n° 6) soit dans la nouvelle traduction (avec notes et commentaires) des Contes pour les enfants et la maison (tome 1, conte 6) chez José Corti.

Le motif du serviteur qui aide son jeune maître à se marier me fait penser à la nuit de noces de Tobie où l'ange Raphaël, qui se fait passer pour le serviteur du jeune homme, délivre la promise de ses démons avant que les nouveaux mariés ne consomment le mariage. Il sauve ainsi Tobie d'une mort certaine et la fille de la malédiction qui la poursuivait. C'est un récit de la Bible qui est construit sur le modèle du conte du mort reconnaissant (type AT de 505 à 508) et où les versions orientales (russes, bulgares, moyen, orientales...) considèrent que le corps de la future mariée a besoin d'être purifié. C'est tout bien raconté dans les Cahiers de littérature orale n° 46 (1999), numéro coordonné par Nicole Belmont.

Ou, peut-être s'agit-il d'un simple abcès du sein ?

lundi 13 juillet 2009

Les gardiens de la prison sont distraits ?

Voici la photo d'un tableau appartenant à Christophe Kortschinski. Il me l'a adressée pour publication. Le tableau lui appartient et n'est pas signé. La photo lui appartient aussi puisqu'il en est l'auteur. Il ne dit pas où il a eu le tableau, ni ses dimensions.C'est un tableau qui ressemble à plein d'autres tableaux à l'huile "connus" représentant la Charité romaine : le personnage masculin, notamment, mais je ne crois pas avoir croisé ce visage de femme (et sa coiffure) dans d'autres charités romaines (Lagrenée mais aussi Greuze, Bachelier, par exemple). Une copie ? Je ne suis pas une experte en peinture du tout...
Outre le cadre très travaillé, on remarque dans le coin à gauche trois hommes qui semblent faire la causette. J'imagine que ce sont les gardiens de la prison. C'est un motif que je n'avais pas encore croisé : des gardiens qui ne regardent pas. Ce qui n'empêche pas la très "chic" jeune femme de sembler inquiète. Qu'en pensez vous ?

mercredi 22 avril 2009

Mystique médiévale

Et voici une trouvaille d'une lectrice du blog : un détail du vitrail de l'apocalypse de St Etienne de Bourges, datant du 13ième siècle"La vierge couronnée présente ses seins gonflés de lait à deux hommes : le sein brun allaite l'homme blanc, le sein blanc allaite l'homme brun. Les bras en croix elle tient dans ses mains deux coffres identiques". Dans la revue Grand Reportage, d'où vient cette image, il est dit que l'on y découvre un spectaculaire symbolisme ésotérique... Ah bon ! Moi j'y vois d'abord de l'humour, de l'érotisme, un plaidoyer pour l'égalité... Cela me rappelle Frida Kahlo et aussi une allégorie médiévale sur la sagesse où celle ci nourrit les sages au sein. Qu'en pensez vous ?
En tout cas, merci Martine.

vendredi 17 avril 2009

Bas relief de Monsieur Cornu (fin du 17ième siècle)

Je continue de donner des extraits de description provenant de l'Académie Royale de Peinture car c'est très instructif sur les intentions des messieurs qui se sont acharnés à représenter cette légende. A vous d'imaginer l'oeuvre !
Extrait du discours sur un BAS-RELIEF DE LA CHARITÉ ROMAINE QUE M. CORNU a donné pour sa réception le 5 juillet 1681.
M. Cornu représente le vieillard assis au pied d'un des piliers de la prison, ayant un bras étendu jusqu'au sommet du pilier, et ce bras y est attaché par un anneau de fer. Ce malheureux prisonnier a les yeux enfoncés, le visage languissant et le corps atténué des rigueurs d'une faim dévorante. On voit dans ses yeux avec quelle impatience il attend sa fille qui lui présente la mamelle. Elle est à genoux sur une petite élévation de pierre, et se penche pour se mettre dans une situation commode pour le vieillard, qui est si foible qu'il ne peut se tenir debout. Sa fille, pour être moins embarrassée, a mis à terre l'enfant qu'elle nourrit, et on remarque aisément que, pour apporter plus de lait au vieillard, elle a laissé fort longtemps cet enfant sans téter, car ce petit nourrisson porte un de ses doigts à sa bouche et le suce avec avidité, comme il arrive à ses semblables quand ils attendent avec impatience la mamelle de leur nourrice. C'est là que paroît la pieuse économie de la fille qui, pour avoir moyen de secourir ces deux objets de son amitié, a épargné sur l'un de quoi nourrir l'autre; de sorte que le sculpteur nous fait voir ici que la prudence est jointe à la piété, pour relever d'avantage l'éclat de l'une et de l'autre vertu.

Un tableau de Boulogne père (17ième siècle)

Extrait d'un discours sur un tableau de La Charité Romaine peint par M. BOULOGNE LE PÈRE et offert à l'Académie Royale de Peinture au 17ième siècle
M. Boulogne fait paraître le vieillard qui a les bras liés derrière le dos pour figurer les rigueurs de sa détention. Son visage est maigre; mais malgré les incommodités de la vieillesse et les misères de la prison, il a les yeux pleins de feu et le sein encore animé pour montrer que les aliments qu'il prend renouvellent sa vigueur, ce qui relève la gloire et le mérite du secours qu'il tire de sa fille. Il s'attache avec avidité à sa mamelle. Une joie tendre et pieuse est répandue sur le visage de cette fille, et l'on voit particulièrement dans ses yeux le contentement qu'elle a de pouvoir remédier aux besoins de son père et de reconnaître ainsi le bienfait de la naissance. Mais le père semble avouer par sa joie qu'ici la reconnaissance surpasse le bienfait ; car, après tout, la fille n'a reçu la vie de son père qu'une seule fois, et elle la lui sauve plusieurs fois chaque jour. Elle tient sur un de ses bras l'enfant qu'elle nourrit, et marque en cet état l'étendue de sa charité ; car, également attachée par les liens du sang au père qui lui a donné le jour et à l'enfant qu'elle a mis au monde, elle remplit dignement ces deux devoirs en un même temps, et se croiroit barbare et impie si elle ne donnoit la plus pure partie de son sang aux pressantes nécessités de deux personnes qui lui sont si chères. Cependant, le peintre fait remarquer sensiblement le chagrin et le dépit de l'enfant, qui étant encore incapable des lumières de la raison, paraît très-mécontent de ce que sa mère donne à d'autres une partie du lait qui a toujours été réservé pour lui seul. Il en est si touché qu'on le voit prêt a pleurer. Ainsi M. Boulogne exprime les effets de l'instinct naturel sur le visage de l'enfant, les effets de la charité parfaite sur le visage de la fille, et les effets de la reconnoissance sur le visage du vieillard.
S'agit-il de ce tableau, que je viens de retrouver dans mes "réserves" et qui est attribué à un certain Boulogne Bon décédé en 1714 ?L'image n'est pas de très bonne qualité, certes... A vous d'imaginer le reste ou de retrouver le tableau effectivement décrit !
Ce Monsieur Boulogne père est peut-être aussi celui décédé en 1674 : Louis de Boullongne.
Vous estes priez d'assister au Convoy, Service et
Enterrement de deffunt Monsieur Boulogne {de Boul-
longne le père), Peintre ordinaire des Batimens du Roy
et Professeur en son Académie Royale, décédé en sa
maison, grande rue du faux bourg Saint Antoine, au-
dessus de l'abbaye; qui se fera le Jeudi, 14 jour de Juin
1674, à dix heures précises du matin, en l'église Sainte
Margueritte, subcurtiale de Saint Paul, sa Paroisse, où
il sera inhumé; auquel lieu les Dames s'y trouveront
s'il leur plait.

Un court métrage de 2008

Il s'appelle, donc, la Charité Romaine et est visible sur le site de son auteur, Cheyenne Carron. Celle ci dit l'avoir conçu après une visite au Louvre où elle a croisé le tableau de Greuze. A mon goût, même si le film est un peu bavard, les lumières et la photo sont belles et c'est une interprétation originale qui fait aussi référence à Chateaubriand, me semble-t-il...http://www.cheyennecarron.com/film3.html

dimanche 8 février 2009

Sans répit nourrir au sein sa belle-mère

C'est un des 24 exemples de piété filiale que l'on cite au Japon

mardi 6 janvier 2009

Nicolas Poussin : Les Israélites recueillant la Manne dans le désert

Sur la gauche de ce tableau de 1637, que l'on peut contempler au Louvre, on distingue une femme allaitant sa mère (ce n'est pas moi qui le dit mais les commentateurs du tableau, dont Diderot), en expliquant à son enfant qu'il faut attendre son tour... Il y a un homme qui admire la scène : la charité soulage la famine... Elle est bien éclairée : on ne peut pas la rater et elle fait pendant à une autre mère, sur la droite qui tient sous son bras son enfant qui se "goinfre" de la manne. Il s'agit, semble-t-il, pour le peintre de captiver le spectateur en le surprenant et non pas simplement en lui décrivant un miracle. D'après les commentateurs de la vidéo : il est fait appel au libre arbitre de celui-ci.
Pour le sens général de l'ensemble du tableau on peut regarder avec profit une vidéo très pédagogique en cliquant sur le lien. On vous y expliquera la logique et les intentions de l'artiste en 15 minutes.

samedi 3 janvier 2009

Les Martes, êtres fantastiques du Centre de la France

Les Martes, espèces de fées, mais très laides et malfaisantes, connues surtout dans la région du Centre, résidaient aussi quelquefois au milieu des blocs et également dans le voisinage de l'eau. Les paysans appellent la Maison aux Martes une sorte de grotte naturelle, dans la commune de Cromac, près de la rivière, dont le plafond est formé par un banc de granit que d'autres blocs ont soutenu en l'air. Les Martes étaient de grandes femmes brunes, aux bras nus ainsi que la poitrine, dont les mamelles descendaient jusqu'aux genoux, leurs cheveux épars tombaient presque jusqu'à terre. Elles inspiraient le plus grand effroi aux paysans qu'elles poursuivaient en criant« Tète, laboureur ! » et en jetant leurs mamelles par-dessus leurs épaules.
Extrait de "Le folklore de France", de Paul Sébillot dont la première édition remonte à 1904-1906. Cromac est un village de Haute Vienne qui fait encore sa "publicité" touristique sur la grotte des Martes (entre autre).

vendredi 2 janvier 2009

Une pensée rafraîchissante

Ces plantes qui vivent aux dépens des arbres puisent le lait de la terre dans la douce quiétude de la nuit, et la terre dans sa rêverie tranquille suce à la poitrine du soleil.
Khalil Gibran, Le jardin du prophète

lundi 29 décembre 2008

Victor Hugo : allégorie politique et poétique

Extrait du poème "Au peuple" dans "Les Châtiments" :

Paris sanglant, au clair de lune,
Rêve sur la fosse commune ;
Gloire au général Trestaillon !
Plus de presse, plus de tribune.
Quatrevingt-neuf porte un bâillon.
La Révolution, terrible à qui la touche,
Est couchée à terre ! un Cartouche
Peut ce qu'aucun titan ne put.
Escobar rit d'un rire oblique.
On voit traîner sur toi, géante République,
Tous les sabres de Lilliput.

Le juge, marchand en simarre,
Vend la loi... -
Lazare ! Lazare ! Lazare !
Lève-toi !

Sur Milan, sur Vienne punie,
Sur Rome étranglée et bénie,
Sur Pesth, torturé sans répit,
La vieille louve Tyrannie,
Fauve et joyeuse, s'accroupit.
Elle rit ; son repaire est orné d'amulettes
Elle marche sur des squelettes
De la Vistule au Tanaro ;
Elle a ses petits qu'elle couve.
Qui la nourrit ? qui porte à manger à la louve ?
C'est l'évêque, c'est le bourreau.
Qui s'allaite à son flanc barbare ?
C'est le roi... -
Lazare ! Lazare ! Lazare !
Lève-toi !

Fioles du lait de la Vierge

Calvin dans son "Traité des reliques" disait : « Il n’y a si petite villette ni si méchant couvent, soit de moines, soit de nonnains, où l’on ne montre du lait de la sainte Vierge, les uns plus , les autres moins. Tant y a que si la sainte Vierge eût été une vache, ou qu’elle eût été nourrice toute sa vie, à grand peine en eût-elle pu rendre une si grande quantité »
Mais le culte du saint Lait était (est ?) bien répandu au 19ième siècle d'après Collin de Plancy dans son le Dictionnaire des reliques et des images religieuses:
Il existes des fioles du lait de la vierge à Gênes (guérit les maux de seins), à Saint Nicolas in carcere , à Sainte Marie in campitelli, Sainte Marie du Peuple, et Saint Alexis, églises de Rome, à Saint Marc de Venise pour les nourrices qui en demandent, chez les célestins d’Avignon, dans l’église Saint Antoine de Padoue, à Aix en Provence, dans la cathédrale de Toulon, à Berre en Provence, Chelles, à la sainte chapelle à Paris, à Guimaranès au Portugal, à Evron dans le Maine, à Saint Louis de Naples qui devenait liquide aux fêtes de la sainte Vierge et qui était caillé le reste de l’année.
On vénérait à Chartres une fiole du lait de la Vierge recueilli en Judée pendant qu’elle allaitait l’Enfant-Jésus et un autre vase de lait encore plus miraculeux ramassé sur les joues de saint Fulbert.

Grotte du lait de la vierge

... Attention, messieurs....
Les pèlerins visitent à deux cents pas de Bethléem une grotte où la sainte Vierge se cacha quelques instants, pendant que saint Joseph allait acheter en ville des provisions pour le voyage en Egypte. On raconte, qu’en attendant son époux, Marie donna à téter à l’enfant Jésus, et que quelques gouttes de son lait tombèrent sur un petit rocher qui s’amollit. Depuis ce temps, les nourrices qui manquent de lait vont à la grotte, raclent un peu de poudre du rocher qui est devenu tout blanc, la boivent dans du vin ou du bouillon, et sentent aussitôt leurs mamelles se remplir. Les femmes turques mêmes recourent à ce remède miraculeux ; et l’on assure que si un homme avait l’imprudence de boire quelque peu de cette poussière du rocher de la Vierge, il lui pousserait incontinent des tétons pleins de lait.
D’après les récits de voyage des trois moines en Terre Sainte au 18ième siècle, recopié du Dictionnaire critique des reliques et des images religieuses écrit au 19 ième siècle par Collin de Plancy.
En 2008 il semblerait que la grotte du lait ait gardé son attraction. Une nouvelle chapelle a été construite au dessus.

Saint Fulbert de Chartres 960-1029

Dans une maladie très grave, Marie fit couler sur ses lèvres un baume céleste et le mal disparut.
C'est ce qui est dit sur le portail catholique francophone au sujet de saint Fulbert.
Dans le Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses de Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy on trouve une version moins édulcorée du miracle :
On vénérait à Chartres une fiole du lait de la Vierge recueilli en Judée pendant qu’elle allaitait l’Enfant-Jésus.
Mais on avait dans cette ville, un autre vase de lait plus miraculeux. On conte que Fulbert , quarante-quatrième évêque de Chartres, ayant dans le palais un feu incurable qui lui brûlait la langue, la sainte Vierge lui apparût, lui commanda d’ouvrir la bouche, et y fit jaillir de ses mamelles qu’elle pressa de ses doigts sacrés une ondée de lait excellent, qui éteignit soudain le feu de sa langue et la rendit plus saine que jamais. On ramassa sur les joues de Fulbert plusieurs gouttes de ce lait sacré, que l’on conserva dans une fiole, au trésor de Chartres, et qui fit bien des prodiges de guérison en faveur des femmes qui avaient le sein malade. Il est vrai qu’on n’a pas vu ces prodiges.
Sous Notre Dame de Chartres, il y a la crypte Saint Fulbert dans laquelle s'ouvre un puits de 33 mètre dont l'eau serait miraculeuse et une chapelle "Notre Dame sous terre". La cathédrale possède aussi un voile de la Vierge autrement appelé chemise de la Vierge. Il a été expertisé et serait en soie du 1er siècle de notre ère. Fulbert de Chartres, considéré comme un évêque humaniste, était aussi un savant, un diplomate et un musicien. On dit qu'il a mis ses dons musicaux au service la liturgie mariale... Juste un tout petit peu plus tôt que Bernard de Clairveaux. Voir aussi les tableaux représentant saint Bernard à Gênes ou celui de Rubens représentant saint Augustin, la Vierge et le Christ.

samedi 6 décembre 2008

Deux St Bernard de Clairvaux à Gênes

En épluchant le guide des arts "Les saints" de Rosa Giorgi (Hazan 2003) j'ai à nouveau croisé St Bernard de Clairvaux en train de boire... le sang du Christ ! C'est un tableau qu'on peut voir dans une église de Gênes, semble-t-il. Il est de Giovanni Benedetto Castiglione dit Il Grechetto (15ième siècle)... Je n'ai pas retrouvé de meilleure reproduction de ce tableau où le Christ presse une plaie sur sa poitrine juste en dessous de son téton et fait gicler le sang dans la bouche de St Bernard...
A Gênes toujours il y a dans l'église San Giacomo, un St Bernard en extase au pied de la Vierge qui tient son sein, ce qui est beaucoup plus ordinaire... Pour voir de vraies giclées de lait dans la bouche de St Bernard consulter le précédent article sur le sujet mais aussi la page jubilatoire de Monsieur J.C Bourdais Pour réserver l'hôtel ou le train pour Gênes, vous n'êtes pas à la bonne adresse... Attention tout de même si vous prennez le train, car dans le dernier wagon...

jeudi 4 décembre 2008

Une charité contemporaine


Ce croquis nous a été envoyé par mail, par Nicolas Doucedame...

Maintenant nous attendons que quelqu'un nous croque la mère allaitée en prison par sa fille comme dans la version écrite par Valère Maxime !

lundi 10 novembre 2008

Les Valseuses

Je recherche un extrait du roman ( de Bertrand Blier, 1972) qui a servi de scénario pour le film éponyme (1974) mis en scène par ce même Bertrand Blier... Ce qui m'intéresse, bien sûr, c'est la scène où l'un des héros ( joué par Patrick Dewaere) tête une jeune femme (jouée par Brigitte Fossey) rencontrée dans le train. L'auteur a dû lire "Idylle" de Maupassant !
Je n'ai pas vu le film... le texte des dialogues m'intéresserait aussi.

jeudi 16 octobre 2008

Légende des bords du fleuve Niger

Voici un extrait de cette légende qui raconte la naissance de Ségou, la ville des karités et des accacias, sur le bord du fleuve Niger:
... Un peu plus tard quand la première épouse du chef de son village tomba malade, il proposa de la guérir. Elle était presque morte... Il joua de son ngoni (instrument de musique à cordes) au moment où la paupière de la nuit se refermait sur la terre. Alors, maman lune apparut, ronde comme un oeuf d'autruche, pleine comme un sein gonflé de lait. Elle descendit au milieu du ciel et vint donner la tétée à la pauvre épouse qui guérit aussitôt. De ce moment le garçon devint un homme important, respecté tout autant qu'un grand initié...

J'ai trouvé cette légende dans "365 contes en ville" de Muriel Bloch, mais elle est, au départ, tiré du recueil " Contes et légendes d'Afrique d'ouest en est" d'Yves Pinguelly.
On n'est pas si loin de la peinture de Frida Kahlo !

mercredi 10 septembre 2008

Ogresse berbère

Dans un conte N'tifa du Maroc (Georges Oucif et Abdellah Khallouk), "le chat enrichi", contrairement aux autres contes du Maghreb que j'ai cités par ailleurs, boire le lait de l'ogresse ne protège pas , au contraire... Certes, dans ce conte, les buveurs de lait sont encore des enfants mais c'est l'inversion des relations crées par l'allaitement qui m'intéresse
Voici un résumé du conte
Il y a un homme avec 3 enfants, une fille et deux garçon, dont le plus jeune qu'on nomme Simplet, et la marâtre. Comme dans "le petit poucet", le père, à 2 reprises, essaie de les perdre dans la forêt. La 2ième fois comme Simplet a mangé les graines que sa soeur avait semé, ils ne retrouvent pas leur chemin et arrivent chez l'ogresse. La soeur, avec habileté, vole un pain à l'ogresse. Simplet veut faire pareil mais il les fait découvrir. L'ogresse leur propose d'être ses enfants et, faisant mine de traire sa chèvre, trait ses propres seins "en disant : patiente, ma belle noire ! patiente ma belle blanche ! Avec ce lait, elle prépara une bouillie tout en se disant et en se répétant que dès qu'ils auraient tout mangé, grâce au lait, ils seraient retenus chez elle et ne pourraient plus s'enfuir"
Mais la fille et l'aîné se méfient et rusent pour ne pas manger la bouillie... Simplet, lui finit sa part. Toujours grâce à la ruse de la fille, les 3 enfants réussissent à s'enfuir... mais Simplet s'essouffle, se fait prendre et sert de repas au banquet que l'ogresse organise pour sa famille. Et l'histoire continue sans lui... Les autres deviennent adultes...

dimanche 17 août 2008

Saint Gilles nourri par une biche

Peut-être s'éloigne-t-on du sujet ? Pas sûr !
Voici un petit résumé (donc une interprétation) des légendes que j'ai lues sur Saint Gilles avec des extraits de documents choisis... Pour une autre représentation du saint on peut aussi se reporter au Tryptique Moreel par Memling à Bruges où il est représenté avec un autre bénédictin (Saint Maur)entourant St Christophe (pour ceux qui connaissent le blog du Réprouvé, c'est un joli clin d'oeil)
Gilles serait né en Grèce (au 8ième siècle)de sang royal, mais dès son arrivée en Provence il s'est fait remarquer en faisant des miracles (apaiser les tempêtes, ressusciter les mourants...) Comme cela attirait trop de monde à son goût il a décidé de se faire ermite... Eloigné de tout, il ne se nourrissait que de racines et parfois par gourmandise de cresson. Avec ce régime, il n'a pas tardé à dépérir.
" Seigneurs, écoutez ce beau miracle. Alors qu’il était chez lui, en train de prier et d’adorer Dieu dans son abri de feuillage, Gilles vit une biche sauvage arriver à son ermitage. La biche qui était d’une très grande beauté vint directement à l’entrée de la fosse en suivant le sentier qu’elle avait trouvé. Elle passa à travers les branches et pénétra sans crainte à l’intérieur. Les pis gonflés de lait, elle alla se coucher aux pieds de Gilles et lui offrit ses services. Quand il vit la biche à ses pieds, Gilles fut rempli de joie, car il se doutait bien que c’était Dieu qui la lui avait envoyée. Durant tout le temps où il vécut loin du monde, il se nourrit du lait de la biche." G. Berneville (de) La vie de Saint Gilles.

Jacques de Voragine, dans la Légende Dorée (13ième siècle), dit lui que:
"... il s'enfonça dans un désert où trouvant un antre avec une petite fontaine, il rencontra une biche sans doute disposée par Dieu pour lui servir de nourrice, elle venait à des heures fixes l'alimenter de son lait."

Mais un jour le roi était à la chasse et il voulait ramener une biche. Il l'a vue, l'a pourchassée pendant plusieurs jours. Un de ses chasseurs l'a même atteinte d'une flèche, mais elle courait toujours... Elle a fini par se glisser dans un fourré. Lancés à sa poursuite les chasseurs y ont découvert un jardin miraculeux et la cabane de Saint Gilles : aux pieds du saint, était couchée la biche et la flèche était fichée dans le bras du saint. On ne dit pas comment a fini la biche mais le roi, ému, a offert à Saint Gilles une abbaye...
St Gilles est devenu, entre autres, le protecteur des nourrices. Il est invoqué contre la peur pour avoir protégé la biche.
Et, comme le dit, Brigitte Charnier dans sa thèse de littérature médiévale sur la complainte de La Blanche Biche ("Je suis fille le jour et la nuit blanche biche...", la blanche biche finissant rôtie sur la table de son chasseur de frère) :
"La christianisation du motif ayant évacué l’union amoureuse, la biche blessée, médiatrice de l’autre monde, favorise la fondation, non pas d’une lignée, mais d’un lieu sacré : une abbaye..."
Jacques de Voragine introduit la vie de Saint Gilles en disant du saint
"... il fut divin par l'amour qui assimile l'amant avec l'objet aimé"
Quand à Stendhal, à propos de sa mère, voici ce qu'il raconte :
" Un soir, comme par quelque hasard, on m'avait mis coucher dans sa chambre par terre, cette femme vive et légère comme une biche sauta par-dessus mon matelas pour atteindre plus vite à son lit ".
"Biche, oh, ma biche...", ça c'est une chanson de 1963 où la pudeur est peut-être encore plus grande puisque, de la biche, il ne reste plus que les yeux...

mercredi 30 juillet 2008

L'enfant de sable, roman, Tahar Ben Jelloun

Extrait:
"... Abbas était la crapule intégrale. Il baissait la tête et les yeux quand il s'adressait à l'autorité. Avec sa mère il entretenait une relation étrange. Il dormait souvent dans le même lit qu'elle, posant la tête entre ses seins. On dit qu'il n'avait jamais été sevré du sein, et que sa mère avait continué de l'allaiter jusqu'à un âge avancé, bien au delà de la puberté. Sa mère l'aimait avec violence. Elle le battait avec une canne cloutée et lui disait qu'il était son homme, son unique homme... "

Dans le roman il y a d'autres allusions plus érotiques et violentes, à des vieux (hommes ou femmes) qui têtent le sein d'une jeune femme mais sans allaitement...

dimanche 8 juin 2008

Le lait de l'ogresse dans la peau d'un de ses enfants

Le Conte s'appelle "le Chauve Pouilleux".
Il est raconté par le conteur Hamadi, conteur originaire du Rif marocain, qui vit et travaille depuis longtemps en Belgique et ailleurs.. Il dit l'avoir recueilli auprès de sa mère Khadidja Fares. Voir Bibliographie.
C'est l'histoire d'un héros qui se dissimule sous l'apparence d'un mendiant chauve et fouilleur d'ordure après être tombé amoureux de la 7ième fille du Roi (qu'il a sauvé de l'ogre). Sous sa vraie "apparence" il accomplit, "en mercenaire", les tâches extraordinaires que le Roi demande d'exécuter aux prétendants de ses 7 filles. En échange le héros leur demande des gages...
Une des épreuves est de rapporter du lait d'ogresse dans une outre faite de la peau d'un de ses enfants.
Le héros achète le plus gros des béliers, qu'il peut trouver, l'égorge , le dépèce et l'offre aux 6 enfants de l'ogresse en son absence. Il se cache et attend. Quand l'ogresse rentre, elle dit "que celui qui a fait cette offrande et qui a nourri mes enfants de la sorte soit lui même rassasié de ma reconnaissance. Si je pouvais payer ma dette, je lui offrirais de mon lait dans la peau même d'un de mes enfants s'il le demandait". Le jeune homme sort de sa cachette. Il dit : "Notre mère, l'ogresse, je suis celui-là. Paie ton dû en tenant ta promesse. L'ogresse dit: "Prends celui de mes fils qui est aveugle. Emmène là où le bruit de ses cris n'arrivera pas à moi. Tue-le. Reviens avec l'outre que tu auras confectionné de sa peau et je te la remplirai de mon lait". Il part, étrangle le petit de l'ogre, le dépèce, confectionne une outre à l'aide de sa peau et revient chez l'ogresse. Occupée à manger avec ses enfants, elle ne voit pas que le jeune homme la trait. Dès qu'il a rempli l'outre, il s'enfuit. Quand elle a fini, l'ogresse le cherche sans le trouver. Elle lui dit : "Va, ta vie est longue et ton destin sans embûches. Si je t'avais attrapé, de ton sang je n'aurais fait qu'une gorgée et de ton corps une bouchée."
Bien sûr le héros finit par se faire reconnaître et épouse la fille du Roi dont il est amoureux.
Questions :
- Dans les autres épreuves ce que doivent rapporter les gendres sont des aliments médicaments. Pour cette épreuve rien n'est précisé. Que va faire le roi du lait de l'ogresse ?
- Je comprends la ruse du héros ainsi : prise au piège de ses propres paroles l'ogresse essaie de gagner du temps en sacrifiant son enfant le plus faible. Le héros l'a compris , d'autant que si on se réfère aux autres contes (dans ce blog, cliquer sur "téter l'ogresse") celui qui boit le lait de l'ogresse devient son fils... Si le héros et le Roi gouttent au lait de l'ogresse, l'ogresse aura "gagné" 2 fils. Qu'en pensez vous ?

vendredi 30 mai 2008

Frida Kahlo : "L'Etreinte amoureuse de l'univers, la terre, moi, Diego et Monsieur Xolotl"


C'est un tableau qui date de 1949.
De la Terre s'échappe une goutte de lait.
Des yeux de Frida, des larmes.
Frida Kahlo tient dans ses bras son mari.
Certes, elle n'allaite pas mais quitte à déborder un peu du sujet et à parler d'étreinte amoureuse, cette façon de le peindre a le mérite du cosmique.
Le chien qui dort sur le bras de l'univers est le propre chien de Frida Kahlo. Son nom, Monsieur Xolotl vient d'un ancien dieu mexicain à tête de chien, gardien du royaume des morts.
Je vous encourage à aller en voir la reproduction, non pas dans un musée (il fait partie d'une collection privée à Mexico) mais dans le livre de la collection Palette, par exemple : Frida Kahlo, Une peinture de combat.
Il y a dans ce blog un autre tableau de Frida Kahlo, allez voir dans l'index ou les archives...

lundi 19 mai 2008

Quelqu'un regarde


Je lis une sorte de "soulagement" dans l'attitude de la jeune femme...
Tableau du 19ième siècle de François Xavier Fabre.
Image issue du fond photographique de la réunion des musées nationaux.

Les 7 oeuvres de Miséricorde du Caravage

C'est un tableau monumental (3,90 x 2,60) visible à l'Eglise de Pio Monte della Misericordia à Naples.
Les 7 oeuvres de misericorde corporelle que l'on doit accomplir sont (d'après St Mathieu) :
- Nourrir les affamés.
- Donner à boire aux assoiffés.
- Vêtir les dénudés.
- Héberger les sans-logis.
- Libérer les prisonniers.
- Visiter les malades.
- Ensevelir les morts (cette oeuvre sera rajoutée au XIIIème siècle).
Le Caravage semble en avoir une interprétation toute personnelle...
La reproduction est un peu petite mais (cliquez pour agrandir) en bas à droite, à côté des pieds du cadavre et du porteur de flambeau, il y a une femme allaitant (en douce ?) un homme dont on ne voit que la tête.
Qu'en pensez vous ? L'avez vous vu ? Connaissez vous d'autre tableaux du Caravage sur ce motif ?
Les 2 images proviennent livre "Caravage, la gloire d'un scélérat" de Gilles Lambert.

La Sagesse inspirant les Muses


C'est un dessin italien du 17ième siècle, issu du fond iconographique de la réunion des musées nationaux.

samedi 10 mai 2008

Rubens, l'Allégorie des tentations de la jeunesse


Un peu d'érotisme et d'humour...
Il semblerait que le "tenté"est le jeune homme qui reçoit une giclée de lait à distance avant de subir d'autres assauts ?

Frida Kahlo, "Ma nourrice et moi"


Ce qui est troublant et la rapproche de notre sujet c'est que, Frida Kahlo (1907-1954) se représente adulte (ou presque) en train de téter sa nourrice.
Il semblerait qu'à la période où elle a peint le tableau, elle venait de perdre un enfant (fausse couche) et sa mère.
Frida Kahlo collectionnait les ex-voto du XIXe siècle.
André Breton qualifia ce tableau de ruban autour d'une bombe.
"Ma nourrice et moi", peut être considéré aussi comme un double autoportrait : Frida accouchant d’elle-même. Son désir maternel inassouvi est un thème commun à plusieurs de ses œuvres.
Une page plus complète chez J.C Bourdais

vendredi 9 mai 2008

Rubens et Saint Augustin

C'est un tableau de Rubens qu'on peut voir à Madrid. Il date de 1616.
Entre le Christ et la Vierge il y a St Augustin... qui pour l'occasion semble avoir déposé sa mitre et sa crosse d'évêque.
Mais que se passe-t-il ?
Si quelqu'un peut m'expliquer la symbolique, je suis preneuse...

jeudi 1 mai 2008

Le bébé abandonné, conte Japonais

Conte populaire Japonais, recueilli et traduit par Maurice Coyaud

Jadis, il y avait un lettré nommé Chûjun. Sa femme mourut, jeune, lui laissant trois fils. Ces fils se marient et ont des bébés. Un jour le lettré réunit ses trois fils, leur parle sans témoins :
- Je deviens très vieux, mes dents sont toutes tombées, tout ce que je peux absorber désormais, c'est du lait, comme un bébé. Je voudrais savoir lequel de vous trois est le fils le plus pieux
L'aîné et le cadet crient :
- C'est moi. Nul de plus pieux que moi.
Le troisième ne dit rien. Le vieux dit alors :
- Je désire que la femme d'un d'entre vous abandonne son bébé et me laisse la téter à la place du blanc-bec.
L'aîné dit :
- Sûrement pas la mienne.
Et le cadet :
- Ni la mienne.
Le troisième dit :
- Des enfants, je pourrai en faire d'autres, mais je n'ai qu'un père irremplaçable. Ma femme lui donnera le sein, et nous abandonnerons le moutard.
Le père lui ordonne d'aller creuser un trou (pour y enterrer le moutard ?) dans un endroit fixé, au pied de trois pins. Le fils pieux creuse et trouve un trésor, récompense de sa piété filiale.

Personnellement je trouve ce récit d'une immoralité extraordinaire mais c'est la règle du jeu...

mercredi 23 avril 2008

Téter l'ogresse

A quel âge est-on adulte ?
Si 17 ans suffit, les extraits de contes ci dessous ont leur place sur ce blog.
Sinon, en attendant d'avoir de "vrais" adultes cela nous aidera peut-être à trouver d'autres pistes... Remarque : j'ai trouvé un conte où c'est une fille l'héroïne mais pour ce blog, elle est encore un peu jeune. Merci Michelle pour avoir entrouvert la porte !

Conte marocain (résumé)
C’était une pauvre veuve seule avec 7 enfants… Au début de chaque saison hivernale, l'ogresse Tériel faisait irruption chez la veuve et lui tissait sept couvertures de laine.Au bout de la septième année, alors que l'aîné des enfants avait atteint dix-sept ans, Tériel réapparut un soir d'hiver, comme de coutume. Elle annonça à la veuve : « Voilà sept ans que je t'aide à protéger ta progéniture des morsures du froid. Aujourd'hui je suis revenue te demander de m'offrir ton fils aîné afin de t'acquitter de ta dette »... La veuve saisit enfin la fausse générosité qui avait motivé l'ogresse durant toutes ces longues années…. La pauvre femme réfléchit un peu et pensa que, si elle refusait à l'ogresse ce qu'elle exigeait d'elle, celle-ci se fâcherait et serait capable d'avaler toute la famille. Elle se résolut alors à sacrifier son fils aîné, qui était pourtant son préféré. Elle alla le voir et lui dit à voix basse : « Mon fils, toi la première perle de mon collier de vie, tu dois accompagner l'ogresse chez elle ! Je pense qu'elle projette de te dévorer, mais il existe un moyen pour la contrarier et la faire tomber dans l'interdit, expliqua la mère. Dès qu'elle s'apprêtera à t'emmener avec elle, empresse-toi de lui téter le sein, tu deviendras ainsi son fils et même une ogresse ne peut dévorer son enfant » Il suivit les recommandations de la veuve. Surprise et dépassée par l'événement, l'ogresse se mit en colère et s'adressa à lui : « Petit misérable ! Tu m'as eue ! Mais je te prendrai malgré tout avec moi. » L'ogresse plongea le jeune homme dans son sac, le mis sur son dos … Et non, elle ne le mangea pas ! Il épousa même une princesse….

Conte d’Ali, résumé d’après Driss Chraïbi, conte du Maghreb
Il était un sultan qui avait épousé 7 femmes. Elles enfantèrent donnant naissance à des garçons. Elles les élevèrent jusqu’à ce qu’ils fussent grands. Le plus jeune d’entre eux s’appelait Ali. Cet Ali était très fort ; nul ne le surpassait dans tout le monde. Il aimait beaucoup la chasse et y allait chaque jour. Un jour le père dit à ses sept garçons : « celui qui égorgera sa mère est mon fils. Aucun autre n’est mon fils ». Ils allèrent trouver leur mère, et chacun égorgea la sienne. Quand à cet Ali, le plus petit d’entre eux, il se rendit chez sa mère en soupirant. Sa mère s’approcha et lui dit : « que t’arrive-t-il mon fils ? »
-Mère, c’est mon père qui nous a dit : égorgez vos mères ; alors les autres les ont égorgées. Il ne reste plus que moi qui ne t’ai pas égorgée.
- Mon fils, si tu veux, égorge-moi.
-O mère, je te jure devant Dieu de n e pas t’égorger.
- Que Dieu te bénisse, O mon fils.
La mère et le fils quittèrent le village pour s’installer ailleurs. Ali, tous les matins, part à la chasse. Un jour il voit une maison, entre et découvre que l’ogresse y habite. Elle l’accueille aimablement. Ali fait le geste de saisir le sabre pour se défendre, l’ogresse le rassure et lui propose de téter son sein ; Elle le nomme son fils. Une relation se crée entre eux, tous les jours Ali va chasser et lui apporte une partie de son butin. La mère ne sait rien de tout cela. Elle n’est plus intéressée par son fils, elle ne l’aime plus, elle désire seulement trouver un mari. Elle le trouve en la personne d’un ogre à qui elle demande de manger son fils. Ali exprime un dernier vœu, que ses os soient mis sur son cheval et que l’on dise au cheval d’aller là où il a l’habitude d’aller. La mère refuse mais l’ogre promet. Et il réalise la promesse. Les os sont ramenés à l’ogresse qui leur redonnera vie peu à peu.

samedi 19 avril 2008

Diderot , Lagrenée, Bachelier

Quand Diderot regardait les "Charités Romaines" des peintres de son temps...
Extrait de Littérature et pathologie, sous la direction de Max Milner. Presses Universitaires de Vincennes. 1989

Diderot est ici exemplaire : il a, pour son époque, une formation médicale approfondie (une de ses premières entreprises fut la traduction d'un dic­tionnaire de médecine), et elle se trahit dans nombre de ses œuvres....... Au Sujet de la Charité Romaine de Lagrenée :

"Le vieillard est beau, trop beau certainement, il est trop frais; plus en chair que s'il avait eu deux vaches a son service. Il n’a pas l'air d'avoir souffert un moment, et si cette femme n’y prend garde, il finira par lui faire un enfant..."

Au Salon de 1765, une autre Charité romaine, de Bachelier, aurait pu ré­pondre à l’idéal d' « humanité pathétique » souhaité par Diderot. Qu'en advient-il ?

"Vous avez voulu que votre vieillard fût maigre, sec et décharné, moribond, et vous l’avez rendu hideux à faire peur: la touche extrêmement dure de sa tête, ses os pro­éminents, ce front étroit, cette barbe hérissée lui ôtent la figure humaine, son cou, ses bras, ses jambes ont beau réclamer, on le prend pour un monstre, pour l’­hyène, pour tout ce qu’on veut, excepté un homme..."

mercredi 16 avril 2008

L'image de la Sainte Vierge, Gervais de Tilbury

Dans le Livre des Merveilles composé par Gervais de Tilbury au début du XIIIième siècle, voici ce que j'ai trouvé, même s'il n'y a pas d'allaitement direct...
" Ainsi en Basse-Syrie, dans la province de Damas, il y a, au pouvoir des païens, une église appelée Notre Dame de Sardenaï; il s'y trouve une icône représentant l'image de la très Sainte Vierge, avec un sein de chair fait par miracle divin qui donne, au lieu de lait, une huile bonne pour soigner les malades..."
Cette icône est mentionnée depuis 1175. Sa réputation miraculeuse en fit un grand lieu de pélerinnage des Croisés.

vendredi 11 avril 2008

La fille qui allaite son père, Grèce (Lesbos)

Ce conte nous a été indiqué par notre amie Isabelle et figure dans le recueil de Muriel Bloch "365 contes de la tête aux pieds" et dans "le Folklore de Lesbos " aux éditions Maisonneuve et Larose. Je le recopie intégralement (dans le recueil de Muriel Bloch).

"Un roi avait condamné à mourir de faim son ministre qui avait commis un crime.
La fille du ministre vint trouver le roi, les larmes aux yeux, et le pria de lui donner l'autorisation d'entrer une fois par jour dans la prison pour consoler son père, promettant de ne point lui porter de vivres.
La bonne fille, mère d'un enfant, avait sevré son enfant et gardait son lait pour nourrir son père chéri. C'est ainsi que le condamné vivait dans la prison, à l'étonnement des gardes et du roi. Enfin, la bonne fille se présenta au roi qui à ce moment, était à cheval. Le cheval n'était pas né; on l'avait tiré du ventre de sa mère qu'on avait tuée deux jours avant de mettre bas. La selle de ce cheval était faite de la peau de la mère.
Alors la fille dit au roi :
"Le roi est sur un animal qui n'est pas né, et sur la mère de celui-ci. Expliquez-moi cette énigme ou rendez-moi mon fils!"
C'était son père qu'elle allaitait, qu'elle appelait ainsi"

Pour une autre version grecque, mais du Péloponèse, cliquez ici !

dimanche 6 avril 2008

Gwerz de Santez Henori, 1863

Voici la traduction d'un Gwerz (complainte) recueilli par Luzel auprès d'Anne Salic, vieille mendiante, à Plouaret, en 1863.
Versions intégrales en Breton, en Français et musique sur une page internet perso :
SAINTE HENORI
Un gwerz, c'est long ! L'extrait ci dessous n'est que le premier épisode d'une longue histoire : Henori survivra et sera maltraitée par sa belle mère avant d'être vengée par son mari...

Ecoutez tous, et vous entendrez /Un gwerz nouvellement composé;/C'est à sainte Henori qu'il est fait./ Jamais son père ne l'a supportée,/Jamais il ne lui a désiré de bien ;/Il n'a fait que la chasser de son pays,/Et la priver de ses biens.
Mais hélas! il est tombé malade,/Et la maladie le malmène;/Et les prophètes lui disent/Que s'il tette un sein vierge, il sera guéri;/S'il tette un sein vierge, il sera guéri,/S'il appartient à une de ses filles.....
Le roi de Brest disait/Un matin :/- Je vais trouver ma fille aînée,/C'est celle-là que j'aimais la première/
- Bonjour à vous, ma fille aînée,/C'est vous que j'aimais la première./Je suis en proie à une maladie,/Et les prophètes me disent/Que si j'avais le lait d'un sein vierge, je serais guéri,/S'il appartenait à une de mes filles. -
- En cela, mon père, je ne puis vous secourir/En autre chose, je ne dis pas,/En toute autre chose je vous secourrai,/Sans nuire à mon corps ni à mes biens.
Je vais trouver ma fille cadette,/C'est celle-là que j'aimais le plus:/Bonjour, ma fille cadette,/C'est vous que j'aimais le plus./Je suis en proie à une maladie,/Et les prophètes ...
En cela, mon père, je ne puis vous secourir,...
- Je vais trouver ma fille Henori,/Jamais je ne lui ai désiré de bien;/Je n'ai fait que la chasser de son pays,/Et la priver de ses biens./Le roi de Brest disait,/En arrivant chez Henori/- Bonjour à vous, ma fille de Dieu. /- Et à vous aussi, mon père roi ! /- Je suis en proie à une maladie,/Et les prophètes me disent ...
- Que le Seigneur Dieu soit béni,/Puisque vous êtes obligé de recourir à moi, mon père!/Mettez-vous à genoux,/Je vais délacer ma poitrine./Aussitôt qu'elle eut délacé sa poitrine,/Son sein a été mordu par un serpent;/Et elle a poussé un cri./Henori est sur son lit,/Et personne ne la console;/Si ce n'est son père le roi, celui-là le fait./
Consolez-vous, Henori, ne pleurez pas,/Quand vous serez guérie, vous serez mariée;/Quand vous serez guérie, je vous marierai/Au plus beau fils de baron du pays.

Idylle, nouvelle de Maupassant, 1884

Voici des extraits de cette magnifique nouvelle que l'on peut trouver en ligne.

Le train venait de quitter Gênes, allant vers Marseille et suivant les longues ondulations de la côte rocheuse, glissant comme un serpent de fer entre la mer et la montagne, rampant sur les plages de sable jaune que les petites vagues bordaient d'un filet d'argent, et entrant brusquement dans la gueule noire des tunnels ainsi qu'une été en son trou.
Dans le dernier wagon du train, une grosse femme et un jeune homme demeuraient face à face, sans parler, et se regardant par moments. Elle avait peut-être vingt-cinq ans; et, assise près de la portière, elle contemplait le paysage. C'était une forte paysanne piémontaise, aux yeux noirs, à la poitrine volumineuse, aux joues charnues

Elle était mariée; elle avait déjà trois enfants laissés en garde à sa soeur, car elle avait trouvé une place de nourrice, une bonne place chez une dame française, à Marseille.
Lui, il cherchait du travail. On lui avait dit qu'il en trouverait aussi par là, car on bâtissait beaucoup
...

Le sein de droite apparut, énorme, tendu, avec sa fraise brune. Et la pauvre femme geignait : "Ah ! mon Dieu ! ah ! mon Dieu ! Qu'est-ce que je vais faire ?"
Le train s'était remis en marche et continuait sa route au milieu des fleurs

Le jeune homme, troublé, balbutia : "Mais... madame... Je pourrais vous... vous soulager."
Elle répondit d'une voix brisée : "Oui, si vous voulez. Vous me rendrez bien service. Je ne puis plus tenir, je ne puis plus."
Il se mit à genoux devant elle; et elle se pencha vers lui, portant vers sa bouche, dans un geste de nourrice, le bout foncé de son sein. Dans le mouvement qu'elle fit en le prenant de ses deux mains pour le tendre vers cet homme, une goutte de lait apparut au sommet. Il la but vivement, saisissant comme un fruit cette lourde mamelle entre ses lèvres. Et il se mit à téter d'une façon goulue et régulière.
Il avait passé ses deux bras autour de la taille de la femme, qu'il serrait pour l'approcher de lui; et il buvait à lentes gorgées avec un mouvement de cou, pareil à celui des enfants.
Soudain elle dit : "En voilà assez pour celui-là, prenez l'autre maintenant."
Et il prit l'autre avec docilité.
Elle avait posé ses deux mains sur le dos du jeune homme, et elle respirait maintenant avec force, avec bonheur, savourant les haleines des fleurs mêlées aux souffles d'air que le mouvement du train jetait dans les wagons.
Elle dit : "Ça sent bien bon par ici."
Il ne répondit pas, buvant toujours à cette source de chair, et fermant les yeux comme pour mieux goûter.
Mais elle l'écarta doucement :
En voilà assez. Je me sens mieux. Ça m'a remis dans le corps."
Il s'était relevé, essuyant sa bouche d'un revers de main.
Elle lui dit, en faisant rentrer dans sa robe les deux gourdes vivantes qui gonflaient sa poitrine:
"Vous m'avez rendu un fameux service. Je vous remercie bien, monsieur."
Et il répondit d'un ton reconnaissant :
"C'est moi qui vous remercie, madame, voilà deux jours que je n'avais rien mangé !"

samedi 5 avril 2008

Origine du riz, légende chinoise

Dans cette légende, certes les humains n'ont pas tété le sein de la déesse, mais ils en ont bien profité quand même...
"Jadis on ne connaissait pas le riz. On se nourrissait de fruits et de gibier. Les plants de riz étaient bien là mais les épis étaient vides.
Un jour, la déesse Guanyin vit combien l'humanité avait du mal à se nourrir. Débordant de compassion, elle se décida à les aider. Un soir, elle se glissa furtivement dans les rizières, et pressa son sein d'une main : le lait coula dans les épis de riz. Elle les pressa jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de lait. Tous les épis n'étaient pas encore pleins. Elle pressa ses seins avec encore plus de force : une mixture de sang et de lait en sortit. Dès lors les épis furent pleins, l'homme eu du riz à mâcher. Les grains blancs proviennent du lait, les grains rouges proviennent du sang de Guanyin."
Conte Han, traduit et annoté par Maurice Coyaud dans "Contes des Peuples de la Chine" (voir bibliographie).
Maurice Coyaud dit que la déesse Guanyin est le dieu compatissant hindou Avalokitesvara, devenu déesse en arrivant à pied par la Chine... Elle est souvent représentée avec onze visages et mille bras avec un oeil dans chaque paume...
Autres noms de la déesse androgyne : Kuan-yin, Kannon en sino-japonais.
D'autres pistes à explorer ?

samedi 22 mars 2008

Trois gouttes de lait, amour et magie

Voici une version de cette légende racontée par Henri Gougaud dans La Bible du Hibou. Je vous la résume :
Quartier St Michel à Paris, un Napolitain tombe amoureux d’une belle cordonnière. Mais la cordonnière est mariée et vertueuse.
Le Napolitain va voir un sorcier du voisinage
qui lui dit, je cite Henri Gougaud : « Si tu veux rendre une femme amoureuse, sache que tu dois d’abord obtenir d’elle trois gouttes de lait de son sein. Après quoi tu les boiras en récitant telle invocation que je vais t’apprendre. Alors, foi de docteur, la demoiselle te courra aux trousses et ne te quittera plus, où que tu la conduises »
Le Napolitain envoie un gamin acheter, pour dix écus, son lait à la cordonnière. Elle commence par refuser
mais son mari lui conseille de donner le lait de la chèvre à la place.
Le Napolitain boit le lait, récite les formules magiques et chez la cordonnière la chèvre commence à s’agiter, puis s’échappe, fonce jusqu’à la maison du Napolitain, le renverse, lui lèche la barbe... Pour le délivrer il a fallu tuer la chèvre.

Henri Gougaud citant ses sources c'est-à-dire Pierre de L’Estoile (1546-1611), j’ai trouvé sur internet dans le Mémoire de Pierre de l’Estoile, une version plus ancienne que voici :
« En ce mesme mois et an, à sçavoir le 20 decembre, advinst qu'un Neapolitain, amoureux desesperement d'une cordonniere
demeurante au bout du pont Saint-Michel à Paris, qu'on nommoit la belle Cordonniere, lui envoia demander trois gouttes de son laict, pour ce qu'elle estoit nourisse, pour un mail d'œil qu'il disoit avoir ; lui envoiant quant et quant dix escus, qu'elle prist trés bien par la permission de son mari, lequel aiant une chevre s'avisa d'en faire tirer du laict, dont il en envoia trois gouttes au Neapolitain, lui faisant entendre que c'estoit du laict de sa femme. Lui, tout joyeux, pensant accomplir son mistere (qui estoit de rendre la cordonniere si amoureuse de lui qu'elle courroit aprés et le viendroit chercher, quelque part qu'il fust), rendist, avec ses chermes qu'il fist sur les trois gouttes de laict qu'on lui avoit envoié, cette chevre si amoureuse, que commençant à sauter et tempester, s'eschapa enfin du logis de son maistre ; et trouvant cet Hespagnol au corps de garde des Neapolitains, lui sauta incontinent au col, le baisa, et lui fist mille caresses. La fin de ceste farce fust la mort de la pauvre chevre, la fuite du Neapolitain, qu'on vouloit faire brusler ; et dix escus qui demeurerent pour gage au pauvre cordonnier, qui en avoit bien affaire. »

La sagesse nourrit les sages au sein

Voici ce que j'ai trouvé dans l'Encyclopédie des Symboles. Edition Française sous la direction de Michel Cazenave.
C'est une miniature du XVième siècle.

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